lundi 6 octobre 2014

Hashtag premier amour.


«De toute façon on n'oublie jamais son premier amour». C'est sorti de la bouche d'une nana à côté de moi et c'est la première chose que j'ai entendu ce matin dans le métro. J'ai levé les yeux au ciel en me disant que putain, un lundi matin qui commence par une réflexion sur les relations, ça annonce forcément une semaine de merde. Mais dans la mesure où ma vie entière est rythmée par mes sentiments en pagaille, j'en ai conclu que ça ne serait, au final, qu'une semaine comme les autres. Puis j'ai décidé d'ouvrir mon dossier «Premier amour», celui qui est rangé au dernier rayon du magasin de mon coeur avec l'étiquette FRAGILE collée en travers.

Raoul (pour des raisons évidentes, le prénom du jeune homme a été changé, lol j'allais quand même pas sortir avec un mec qui s'appelle Raoul) faisait un mètre quatre-vingt-quatorze et sortait toujours avec une capuche sur la tête même quand il faisait beau. J'ai été folle amoureuse de lui pendant bien trop longtemps et j'essaie encore de comprendre comment et pourquoi. J'veux dire merde, ce mec passait SA VIE AVEC UNE CAPUCHE SUR LA TÊTE et adorait manger KFC alors que je déteste KFC (maintenant que j'y pense, je crois que je déteste KFC à cause de lui). Mais je suppose qu'à dix-huit ans, on ne fait pas attention aux détails.

C'était fin 2009 et les hoodies American Apparel étaient LE truc à avoir dans son placard. Les fluokids étaient morts, les hipsters pointaient le bout de leur nez dans le sud et moi, j'étais perdue quelque part entre mon goût pour le vintage et mon désir de me fondre dans la masse. Résultat, mon père m'avait offert un sweat à capuche bleu roi que je portais sur des robes à fleurs. Stylistiquement on a fait mieux, mais fin 2009 c'était suffisamment cool pour que ça plaise à un mec comme Raoul sans pour autant corrompre ma principale conviction mode qui est : tout se mélange avec tout – oui, même le lycra imprimé léopard et la dentelle de grand-mère.

Je n'aurais jamais dû le rencontrer. Statistiquement parlant, il y a peu de chances pour qu'un gars qui prend des cours de pâtisserie à Monaco tombe sur une petite Cannoise qui tente de survivre à la fac de lettres d'Aix-en-Provence. Instagram et Twitter étaient pour moi des mots inconnus, tout comme Tinder. Et pourtant, il aura suffit d'un clic, d'un malheureux clic pour que je rencontre ce mec et que j'en tombe follement amoureuse. Le délire d'un gars qui ajoute une fille par erreur sur Facebook, les deux finissent par sympathiser et décident de se rencontrer, mais le gars ramène un pote et la fille une copine, parce qu'à dix-huit ans et en 2009, un date internet ça fait un peu peur. Le pote du gars c'était Raoul, et moi j'étais la bonne copine prête à tenir la chandelle.

Raoul et moi sommes sortis ensemble quelques semaines après s'être rencontrés. Du 26 janvier au 28 mars. Deux mois et deux jours. On dira que c'était court mais intense.

Il était grand, il était brun, il était drôle et bwarf, j'avais pas besoin de plus. On mangeait de la crème de Speculoos en écoutant Lou Reed, on buvait de la vodka pure, on s'envoyait des sms toute la nuit, il jouait avec mes cheveux et je pleurais à chaque fois que l'on se disait au revoir. Il m'appelait «petite», il me disait «je t'aime» et «si t'es à moi c'est pour toute la vie». C'était mon premier petit copain, j'avais dix-huit ans et j'ai foncé dedans tête la première parce que hé, que pouvait-il m'arriver ? Il était amoureux de moi, après tout.

Et puis un soir, Raoul m'a larguée sur MSN. C'est plutôt drôle, quand on y pense. Mais ce jour-là, j'étais sacrément triste. J'ai même entendu mon cœur se briser, se décrocher de mon corps et se fracasser par terre. En cinq secondes, j'ai perdu l'amour de ma vie, ma dignité, mes rêves, la raison, le moral et une dizaine de litres de larmes. En cinq secondes, j'ai décidé que plus jamais je ne tomberai amoureuse et que j'allais devenir une connasse.


C'est là que s'est arrêté mon dossier «Premier amour» et de toute façon, j'étais arrivée à destination (mais oui rappelez-vous, on est lundi matin et je suis dans le métro). Alors j'en ai fait une boule de papier imaginaire que j'ai jeté dans la poubelle de mon existence (c'est aussi l'endroit où tombent automatiquement – à mon grand désespoir - mes souvenirs de soirées trop alcoolisées) et j'en ai conclu que bordel, cette nana dans le métro était vraiment trop conne.

dimanche 28 septembre 2014

You're gone and I gotta stay high all the time to keep you off my mind.


Avant de déménager, je tenais absolument à faire un saut dans l'une de mes villes préférés, Aix-En-Provence. Aix, mon amour. C'est ici que j'ai habité seule pour la première fois, à 18 ans. Cinq ans plus tard, après un retour imprévu à Cannes qui aura finalement duré quatre ans, me voilà de nouveau seule, cette fois-ci à Paris.

On dit que c'est quand on revient à un endroit où rien n'a changé qu'on réalise le plus à quel point on a grandi. Pourtant quand je foule les pavés aixois, j'ai 18 ans à nouveau. Je me vois accrochée aux barrières de la vitrine d'American Apparel, des collants rouges couvrant mes jambes et une flasque de vodka à la main. Je me rappelle des copains, qui me portaient sur leurs épaules et s'amusaient à courir parce qu'ils savaient que je me mettrais à hurler de la pire des façons. Des fringues improbables qu'on portait pour aller fouiller des vans abandonnés. Je me souviens surtout que c'était le temps où rien n'était grave et où tout finirait par s'arranger. C'était que le début des embrouilles, et j'avais conscience que mes erreurs de jeunesse seraient effacées par celles que je commettrais plus tard. Bah voilà, plus tard, c'est maintenant.

J'essaie de relativiser mais plus les jours avancent, plus je galère. On a atteint les épisodes critiques de la série sur ma vie. Vous savez, ces moments gênants où le protagoniste principal part en couilles parce que les scénaristes ont décidé que c'était cool de le faire basculer côté loser mais au final, ça finit par gonfler les téléspectateurs et les scénaristes eux-mêmes, alors pour satisfaire tout le monde, on fait crever le héros de la série et on le remplace par un autre, plus jeune, plus drôle, plus beau, et tout le monde est content. Mais dans la vraie vie, personne ne va me tuer et me remplacer par un modèle bien plus performant. Je dois continuer d'assumer mon existence de nana un peu cinglée qui fait n'importe quoi parce que c'est comme ça que ça marche.

Alors me voilà, il y a un mois, sous le soleil de ce Sud qui me manque terriblement et dans ce parc Jourdan dont j'ai escaladé le portail un nombre incalculable de fois pour m'allonger dans l'herbe et compter les étoiles avec ma bande. Une robe molle informe, des Adidas, un sautoir Miren Lasnier (allez voir ses créations, ça vaut le détour!) et quelques années supplémentaires dans la gueule, qui ne changent pourtant rien : je suis toujours aussi perdue qu'avant.










dimanche 21 septembre 2014

We used to be the cool kids.

Yo.



Après la Team Rocket et Nicolas Sarkozy, c'est moi qui suis de retour. La raison de mon absence ? J'ai quitté Cannes pour Paris il y a trois semaines (pour de bon, cette fois), et je viens à peine d'avoir Internet. Preuve que je suis une fille forte qui surmonte les difficultés de la vie : supprimez le wi-fi à Enjoy Phoenix pour voir, je suis certaine qu'elle ne tiendrait pas plus de 24 heures.

Donc voilà. Ce dimanche parisien post-soirée n'est pas hyper fun. J'ai passé la journée dans mon lit, n'en sortant que pour me trainer vers la cuisine et en revenir avec un paquet de chips. Palme d'or de la ramasse pour moi, mention très bien, félicitations du jury et trois kilos en plus sur mon boule.

Mais sinon, ça va. Je vis en coloc avec mon pote et acolyte de soirée Arthur, qui parvient à me supporter quand je me maquille en chantant du Iggy Azalea et ne se fâche pas quand je réussis à rater une soupe en sachet. On a même un aspirateur de compétition qui marche sans fil (c'est pas INCROYABLE ? oui, je sais, c'est fou), affectueusement surnommé Albert. C'est comme un chat, mais en moins poilu et moins populaire sur Instagram (quoiqu'avec le bon filtre, ça peut peut-être le faire).

Quant à notre appartement, il est trop mimi. J'ai du parquet, un lustre et une cheminée, des tasses fleuries dans lesquelles manger mes Chocapic, assez de place pour mes 17 tonnes de fringues et des dealeurs en bas de chez moi qui me disent que je suis charmante dès que je pars prendre le métro, ce qui suffit amplement à mon bonheur. Et pour finir, je viens de commencer un stage pour la rubrique mode d'un magazine people et pour le moment, ça se passe vraiment bien.

Bilan de mes premiers pas dans la capitale ? Un nombre incalculable de gueules de bois, beaucoup trop de burgers, quelques bisous doux et l'intime conviction que les taxis sont tous de gros fils de pute. En gros, jusqu'ici, tout va bien. Ou presque. Ma tendance à transformer les faits banals de mon quotidien en véritables tragédies grecques me pousse à croire que cette nouvelle page de ma vie va vite se transformer en soap opéra. Pour être honnête, ça a déjà commencé. Mais c'est pas très grave. Tant que je ne m'ennuie pas, rien ne sera jamais vraiment grave.